Martyre de saint Sébastien


Jacques Callot

 

Vers 1631

Eau forte sur papier vergé filigrané

Dépôt du musée franco-américain du château de Blérancourt, 1977

Inv. DSA92



Nous ne connaissons pas exactement la date de création du Martyre de saint Sébastien, mais il est fort probable que cette œuvre date de 1631. En effet, la Lorraine a été touchée à cette époque par une importante épidémie de peste, durant laquelle mourut le père de Jacques Callot. Saint Sébastien étant un des saints invoqués contre ce fléau, il a dû réaliser cette eau-forte à cette période. 

 

Trois esquisses d’ensemble et seize études de cette gravure sont connues. Elles permettent de suivre la progression de l’artiste dans sa conception. 

 

Le saint, au centre, est seul au milieu d’un espace vide. Des soldats et de nombreux spectateurs l’entourent. Le décor situe la scène à Rome : sur la gauche, est figuré un temple en forme de rotonde, sur la droite, le Colisée, et en arrière-plan, de nombreux monuments romains reconnaissables. Ces architectures témoignent du séjour de Callot à Rome entre 1609 et 1612. Comme dans les autres œuvres de l’artiste, la scène fourmille de mille détails, le trait est précis et dynamique et l’aspect aéré de la figuration centrale donnent une impression de grandeur à la représentation. 

 

Jacques Callot (1592-1635) est un dessinateur et graveur lorrain fameux du XVIIe siècle. Considéré comme l’un des maîtres de l’eau-forte, il est à l’origine de plusieurs innovations, en particulier l’utilisation du « vernis dur » et de l’échoppe. 

 

Jusque-là, les aquafortistes utilisent un vernis mou qui interdit à l’artiste de poser la main sur la plaque durant la gravure à cause d’un temps de séchage long. De plus, ils doivent très rapidement plonger la plaque gravée dans l’eau-forte. Le « vernis dur » de Callot, emprunté aux techniques des luthiers de Florence et de Venise, ayant un temps de séchage très court, permet aux aquafortistes de ne pas avoir de gêne à la gravure et donc de s’investir au mieux dans leurs dessins. 

 

Dans sa jeunesse, Jacques Callot entre quelques années en apprentissage chez un maître-orfèvre. Bien qu’il ne termine jamais sa formation, il utilise l’échoppe, sorte de ciseaux au profil triangulaire utilisé en orfèvrerie, pour ses gravures. Cet outil permet d’obtenir un trait plus dynamique et peut créer de réels effets de « pleins et de déliés » en accentuant plus ou moins la profondeur du tracé. Il abandonne également les hachures utilisées jusque-là pour des zones sombres au profit de la « taille unique ». 

 

Il invente également la technique des « morsures successives » laquelle, en plongeant la plaque de cuivre dans des bains successifs d’acides, permet d’obtenir une morsure plus ou moins profonde et donc une épaisseur différente d’encrage. 

 

Ces différentes améliorations de la technique permirent à Jacques Callot de se singulariser en créant des œuvres d'une netteté et d'une précision impressionnantes malgré la taille restreinte des plaques de cuivre.