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Le compas Ognard

Compas Ognard, vue générale

Compas Ognard

France,

1846

cuivre, papier, verre

Dépôt du Musée franco-américain du château de Blérancourt, 1977

Inv. Dsa84

 

 

Ce drôle d’objet est un dépôt du Musée franco-américain du château de Blérancourt, datant de 1977.

Il s’agit d’un compas comprenant un gros cadran cerclé de métal. Il est gradué et muni d’une aiguille. Au-dessus, un anneau métallique facilite la préhension. En dessous du cadran, les deux pieds du compas se terminent par des pointes. Ils sont reliés entre eux par une pièce métallique. Sur le cadran on peut lire « Breveté », « C. Ognard, chevalier d’arc », « de la compagnie d’Apollon » et l’année « 1846 ».

Ce compas est utilisé pour le tir beursault, cette pratique du tir à l’arc très ancienne, répandue surtout dans le nord de la France et dont certains écrits en feraient remonter l’origine au Moyen Âge. Il s’agit d’un tir se pratiquant dans un jeu d’arc où les tireurs visent une cible appelée carte.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, cette dernière était maintenue par une broche en son centre. Afin de mesurer la distance entre l’impact et le centre de la carte, une pièce de bois était coupée pour relier ces deux points. Cette pratique nommée échantillonnage n’était pas des plus précises.

En 1846, un lieutenant de la compagnie d’arc d’Apollon de Paris propose un instrument de son invention afin de rendre les mesures des coups précises au dixième de millimètre. Cet horloger et inventeur, né le 4 janvier 1804 à Verberie et mort le 25 mars 1884, se nomme Charles Joseph Bonaventure Ognard. En 1846, il présente son invention au bureau du Prix provincial. En mettant une pointe sur le centre de la carte et une pointe au centre de l’impact, la distance est mesurée très précisément. Ne voulant pas s’engager, l’assemblée reporte sa décision à une date ultérieure. Le projet est mis au vote en 1851 à Château-Thierry auprès des délégués de toutes les compagnies. Malheureusement, seuls 11 votants sur 24 se montrent favorables au compas et le projet n’est pas adopté, l’échantillonnage restant la règle. Revenant à la charge, la proposition est de nouveau mise au vote le 16 novembre 1851. Cette fois-ci, 22 votants sur 24 sont favorables à l’adoption de ce nouveau système de mesurage des coups.

L’année suivante, en 1852, lors du Bouquet provincial de Romeny et malgré le vote précédent, les délégués prennent un arrêté interdisant l’utilisation du compas Ognard et vont jusqu’à déclarer que toute compagnie qui l’utilisera sera passible d’une amende de 150 francs.

Il faut alors attendre 1859 pour que la compagnie d’arc d’Essômes propose de nouveau l’utilisation du compas, qui est enfin officiellement entérinée. Pour faciliter le mesurage, on ajoute sur la carte un petit carré de carton en son centre nommé marmot. Une fois le coup effectué, on utilise le trou percé par la flèche pour y ficher un mandrin sur lequel on fixe la pointe du compas. Les distances sont ainsi plus précises.

Le compas Ognard ne fut abandonné que bien plus tard au profit de pieds à coulisses encore plus précis.

Le système antérieur à broche interdisait aux archers de faire un coup parfait. En effet, la broche centrale ne permettait pas à la flèche de se positionner au centre de la carte. Ainsi, aucun chevalier ne pouvait se vanter d’avoir fait un coup parfait. Peut-être était-ce là une façon de faire preuve de modestie…

 

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