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La Vierge à l’Enfant de Saint-Sauveur

Vierge à l'Enfant, vue générale

Vierge à l’Enfant

Fin XIIIe siècle – début XIVe siècle

Pierre calcaire polychrome

Dépôt de la commune de Saint-Sauveur, église de la Sainte-Trinité

Inv. D1984.2.1

 

Cette sculpture en calcaire polychrome représente une Vierge à l’Enfant. Datée de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle, elle provient de l’Église de la Sainte-Trinité de Saint-Sauveur. Elle a été déposée en trois morceaux au Musée de l’archerie et du Valois le 1er août 1984.

La Vierge est debout, hanchée et devait porter son fils sur le bras gauche. Ce dernier a malheureusement disparu. Son bras droit est légèrement plié, signe qu’elle tenait dans cette main un objet. Elle porte une couronne dorée ornée d’incrustations de verroterie dont certaines sont encore en place. Ses cheveux recouverts d’un voile blanc sont dorés. Son visage est doux avec un menton en pointe, une bouche étroite et des fossettes. Ses yeux sont affirmés par la polychromie et l’arête de son nez prolonge directement le front. Elle porte une longue robe verte dont les plis sont très prononcés à partir de la ceinture, marquée par un nœud sous la poitrine. L’encolure est visible et réhaussée d’un médaillon qui contenait une incrustation aujourd’hui disparue. Un manteau rouge ouvert recouvre la robe. Il est bordé d’un galon doré orné des mêmes incrustations que la couronne. Le pan droit du manteau est relevé et coincé par le bras gauche de la Vierge.
Le dos de la sculpture n’étant pas sculpté, celle-ci devait être placée à l’origine contre un mur.

Les caractéristiques de cette sculpture la place à la transition entre le XIIIe et le XIVe siècle. En effet, elle possède plusieurs éléments caractéristiques du XIIIe siècle comme son regard, son manteau ouvert aux plis verticaux prononcés mais également la prédominance de la dorure et les décors en verroterie qui ont tendance à s’estomper au cours du XIVe siècle. Elle possède également des éléments que l’on retrouve sur les sculptures du XIVe siècle, à savoir ses cheveux ondulés caractéristiques mais surtout sa posture hanchée.

Dans les années 80, des travaux de rénovation sont prévus dans l’église de Saint-Sauveur. Il s’agit de remplacer le parquet du rez-de-chaussée de la tour clocher. Huit morceaux de sculptures sont alors exhumés. Parmi ces éléments, trois appartiennent à la Vierge à l’Enfant. Les autres morceaux appartiennent à un saint Jean-Baptiste et à un évêque qui serait peut-être saint Nicolas. Les différents fragments sont déposés au Musée de l’archerie et du Valois.

En 1995, les morceaux de statue sont confiés à Isabelle Jourdain, étudiante en dernière année à l’IFROA (Institut Français de Restauration des Œuvres d’Art). En vue de l’obtention de son diplôme, elle réalise alors une étude déontologique, historique, iconographique, technique et scientifique sur la Vierge à l’Enfant et procède à sa restauration.

Son rapport fourmille de renseignements techniques. On y apprend entre autres que de nombreux repeints ont été effectués sur la sculpture : jusqu’à 18 sur le manteau ! Ces repeints nous apprennent beaucoup sur l’histoire de cette œuvre. En effet, certains d’entre eux recouvrent les incrustations de verroterie et une partie de ces dernières n’ont même jamais été installées ! Certaines couches montrent que la sculpture a été repeinte alors qu’elle était déjà abîmée, en particulier sur le bas de la statue qui avait alors déjà subit des altérations salines. En effet, de l’eau salée venant des murs où était installée la statue a cristallisé à l’intérieur de la pierre, desquamant cette dernière.

Le dernier repeint gris et blanc est caractéristique du néo-classique et peut être daté entre 1750-60 et 1850. Nous pouvons donc affirmer que l’ensevelissement de la statue n’a pas eu lieu avant la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

L’étude a également permis de déterminer quelles étaient les couleurs originales. À savoir un rouge vif pour le manteau avec un galon doré, un vert profond pour la robe, la carnation était rose orangé et les yeux bleues. Il est également possible de déterminer que le manteau de l’enfant était doré doublé de rouge sombre et bordé de noir. L’arrachage de ce dernier étaient d’ailleurs volontaire et des traces de vandalisme (révolutionnaire ?) sont présent sur le torse de la Vierge.

Le rapport a également déterminé que cette sculpture est issue d’un bloc unique aux lits horizontaux et que les couleurs utilisés contenaient du cobalt pour le bleu, du cuivre pour le vert et le rouge et du fer pour le vert et le jaune.

Cette restauration a permis de mieux comprendre l’histoire de cette statue et de redonner forme et compréhension à cette Vierge au visage émouvant. La disparition de l’Enfant renforce cette impression de mélancolie que l’on lit dans son regard.

 

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